After… Métal Hurlant Chronicles

Si vous suivez ce blog, même juste un peu, ou tout simplement que l’actu série vous intéresse, vous n’êtes pas sans savoir ce qu’est Métal Hurlant Chronicles. Après lui avoir consacré un article entier sans en avoir vu une seconde il y a quelques semaines (voir : Métal Hurlant Chronicles… ou le triomphe de la SF Made in France), il me semble évident de revenir sur la série après sa diffusion. Et il a suffi de deux semaines, de samedi, pour que tous les épisodes de la première saison soient diffusés. A la vu du format, il conviendrait certainement de faire une critique sur chaque épisode, même si la série peut être considérée comme un tout. Mais ce ne serait rendre justice à tout les épisodes.

Métal Hurlant Chronicles propose donc six histoires, six nouvelles adaptés directement du magazine. Chaque histoire propose son univers propre, même si certains éléments semble les relier entre elles.

S01E01 – King’s Crown

Cet épisode est l’un de ceux qui a le plus été mis en avant, avec Master of Destiny, notamment par la présence de Scott Adkins. Le décor se plante dès les premières secondes, on est dans un contexte médiéval/fantastique ou plutôt médiéval/SF, un mélange de genre assez peu rependu. Donc sur le papier on nous propose quelque chose de vraiment original. L’épisode met en scène des guerriers censés se battre entre eux pour prendre la succession du roi mourant. Et même si le scénario est intéressant, c’est le côté technique, dans plein de techniques différentes, qui va porter atteinte à l’épisode. De la réalisation même aux effets spéciaux. Car si l’épisode dure 25min, un grand nombre de ces minutes serviront à montrer des images au ralenti, une mode qui a tendance à sincèrement être ennuyeuse. Alors oui, la chorégraphie des combats est plutôt bonne, mais elle s’en retrouve desservie. Je ferais le parallèle avec la série Spartacus qui aime abuser de ralentis également, mais qui nous propose souvent un plan court et vraiment particulier qui brille encore plus par ce ralenti. Ici, même les actions les plus banales nous sont montrées lentes. Au final, je qualifierai cet épisode de « trop ambitieux ». Parce qu’il demandait beaucoup d’effets, il demandait des figurants, des props etc… Et ici on se retrouve avec quelque chose faisant très « cheap » à l’écran, parce que le terrain de combat est entouré de trop peu de gens qui, même s’ils gueulent, ne rendent pas la chose crédible. Parce que le matte painting n’est pas des plus réussis, et parce que les props (épées, boucliers, haches) font clairement faux sur plein de points. Déjà la couleur, et ensuite la façon de les manier. En effet, à aucun moment on ne ressent le poids des armes et les comédiens semblent les manier avec une facilité déconcertante et surtout comme si ça ne pesait rien. Aussi, on peut apercevoir des lames trembler, se plier à certains moments. Peut-être est-ce moi qui chipote, je n’ai pas cherché à voir ces détails pourtant… Mais c’est autant de choses qui sont justement montrées accidentellement par les ralentis abusifs. Côté comédien, Adkins fait du Adkins… Il a beau faire tête d’affiche sur la série, ça ne fait pas de lui plus qu’un acteur un peu seconde zone ailleurs.

 

S01E02 – Shelter Me

Bon il faut que je vous tienne au courant tout de suite, je n’aime pas Michelle Ryan. Mais pas du tout, je la trouve mauvaise partout où elle passe et c’est devenu presque viscéral. Cela étant dit, intéressons-nous à cet épisode. Shelter Me est un huit clos postapocalyptiques. Après une attaque, le monde est prétendument en ruine et il est dangereux de sortir. Le personnage de James Marsters, Brad, a construit un abri antiatomique et y a accueilli sa jeune voisine Jen, à temps. On assiste donc à la vie au jour le jour de ces deux personnages. Cet épisode est plein de promesses, mais très tôt les problèmes apparaissent. Si l’idée est chouette, les tensions entre les personnages semblent hyper mal géré, si bien que l’on n’assiste à aucune réelle progression et qu’il suffirait de regarder les premières minutes de l’épisode et les dernières pour avoir vu ce qu’il fallait avoir vu. Car la tension explose d’un coup d’un seul dans les derniers instants. Pas de doutes, pas de soupçon, rien ne transparait chez Jen avant là scène clé. Laissant un cœur d’épisode bien vide et inutile. Jen fait preuve qu’une naïveté déconcertante et Brad est trop dans un rôle de « méchant pervers » pour être crédible, et ce n’est même pas les acteurs mais bel et bien les dialogues qui trahissent tout ça.

 

S01E03 – Red Light / Cold Hard Facts

Je suis incapable de dire pourquoi ces histoires, car l’épisode contient deux histoires, n’ont pas été plus développées. Très sincèrement. Même si la première ne m’a pas laissé grand souvenirs (si ce n’est certains effets qui m’ont fait bondir) le deuxième aurait pu être un vrai bijou s’il avait été développé. Alors certes c’est adapté de la bande dessinée d’origine, mais toute adaptation se veut être… adapté. Donc retravaillé, remanié, simplement parce que le média est différent et demande d’autres choses. En l’état, j’avoue quand même avoir beaucoup aimé cette partie d’épisode (et je parle bien de Cold Hard Facts ici), mais l’adaptation n’est pas complète. Et si on compare l’épisode à la BD justement, on se rend compte que c’est à peu de choses près là même chose, dans les plans, dans la position des acteurs, etc… Alors ok, c’est le respect de l’œuvre d’origine, mais je crains que le support mérite tout de même plus pour montrer une réelle adaptation (je fais exactement le même reproche au film Watchmen de Snyder qui se « contente » de copier les plans case par case sans réel travail d’adaptation. C’est un exercice, c’est vrai, mais j’ai tendance à le trouver peu adapté).

 

S01E04 – Three on a Match

C’était certainement l’épisode que j’attendais le plus de cette série, et on ouvre sur un Dominique Pinon en forme… avant de s’intéresser à une militaire haute gradée nymphomane brutalisant un soldat pour obtenir une partie de jambe en l’air… avec des commentaires graveleux des gardes devant la porte. Alors, c’est vrai, ça fait aussi partie de l’image de Métal Hurlant, car oui c’était aussi ça, mais d’un point de vu purement personnel c’est quelque chose qui me gave pas mal. Alors, je ne peux même pas le reprocher à l’épisode au fond, car c’est une réaction très personnelle, mais tout de même… Quoi qu’il en soit, une fois cette scène, un peu longue, passée, on a le droit à un épisode purement SF, de la SF qu’on aime, avec ses enjeux et sa psychologie. Trois personnes se retrouvent dans une capsule de sauvetage avec peu d’oxygène, c’est le postulat de départ de l’épisode. Peu d’effet, du décor réel en studio surtout et un acteur génial. Voilà finalement la recette qui prend bien, et qui réussira à l’épisode, faisant de Three on a March le meilleur épisode de cette saison. Des personnages bien servis par leurs interprètes et un scénario plein d’ironie et de psychologie. On a certainement le plus « Science Fiction » des épisodes de cette série… de SF. Et le tout sans avoir besoin d’utiliser de laser, de tortues ou autre intégration mal gérée.

 

S01E05 – Master of Destiny

Deuxième épisode à être mis en avant par la production. Pour plusieurs raisons, d’abord Joe Flannigan (connu de certains pour son rôle dans Stargate Atlantis) et également Kelly Brook. Il est vrai que l’on peut faire la promo sur Kelly Brook car même si elle me laisse personnellement de marbre, sa plastique peut attirer l’œil du badaud et n’est pas sans rappeler l’imagerie Métal Hurlant, celle représentée dans le générique de la série et toutes les couvertures du magazine. Encore un concept, une idée, avec des images autour. Le souci c’est qu’une idée, ça ne fait pas tout le temps un scénario, et ce qui passait en BD ne passe pas forcement en 25min filmés (ne pas oublier que ce sont deux médias différents, avec deux approches différentes et une « consommation » complètement opposée). Et c’est devant un épisode très lent que l’on se retrouve, de quoi faire somnoler le plus insomniaque d’entre nous. Et c’est dommage, car cette fois-ci, sur le plan technique c’est pas mal du tout. L’espace est plutôt crédible, les tortues en prothèse/animatronics très franchement réussies (et pas ridicule, chapeau !), mais desservies par l’histoire. C’est limite frustrant ce manque de balance, parce qu’on a des épisodes ou la technique biaise le reste, et là c’est l’inverse.

 

S01E06 – Pledge of Anya

Cet épisode, ce scénario m’a semblé… facile. Je sais que c’est surement très bête de le poser ainsi, mais dans toute sa progression, et dans son dénouement je l’ai trouvé vraiment peu original. Et on ne peut même pas dire que c’est la faute de la série puisque c’est un scénario tiré du magazine, mais un choix a été fait et cet épisode figure dans cette saison. C’est une histoire très puérile au fond, comme des centaines de collégiens ont du en écrire après avoir appris l’horreur de la Seconde Guerre mondiale. Et l’épisode n’est pas assez profond pour dépasser ce côté « simple » du scénario. Certes je ne m’attendais pas à cette fin une seule seconde, mais quand elle a eu lieu ma réaction ressemblait à quelque chose comme « ah, ce n’est que ça… ». De plus, là encore on nous sert du fond vert à toute les sauces, et en l’occurrence du fond vert assez mal coordonné (dans la scène où les deux soldats parlent entre eux, ils se trouvent devant une porte, avec un mur en pierre… et selon les plans, qu’ils soient larges ou serrés, la distance entre le garde et le mur ajouté semble changer). J’ai l’impression de passer mon temps à voir les défauts d’effets quand je regarde quelque chose, je ne sais pas pourquoi, c’est un truc que je remarque et qui peut me couper totalement de l’épisode si j’en vois. Et 25 min de cette fausse neige qui tombe n’a pas aidé. Chose étonnante cela dit, l’épée ne fait pas cheap dans cet épisode…

 

Au final

Et bien on se retrouve avec une série pleine de potentiel, vraiment, et un objet unique de la télévision et la production française (je reste encore étonné de voir le logo CNC à la fin de chaque épisode tant on les connait frileux du genre). Même si cette saison et clairement inégale, voir plutôt mauvaise que bonne, il me semble qu’elle est encore à soutenir. En fait, c’est étrange parce que je suis très partagé, si elle avait été américaine, je ne suis pas certain que je la défendrais à ce point. À vrai dire, au-delà de la série, je crois que c’est vraiment ce qu’elle représente que je défends. Et les images promotionnelles elles-mêmes le disaient au fond. Dans sa globalité, Métal Hurlant Chronicles n’est pas une excellente série mais elle comporte ces bonnes surprises (de cette saison, je retiendrais Shelter Me, Cold Hard Facts et Three on a March). Tout est réuni pour que le projet soit beau, je citerai par exemple Jesper Kid (compositeur de grands jeux vidéos comme Hitman, Assassin’s Creed ou Borderlands) qui arrive à magnifier certaines scènes (ne jamais sous-estimer le pouvoir de la musique). Ma critique n’en est finalement pas une, je n’ai jamais prétendu savoir en faire cela dit, et je me rends bien compte que c’est plus la technique que je déplore que les scénarios en eux même. Une série ou un film, c’est avant toute chose une histoire, et des histoires Métal Hurlant Chronicles en a. Et ces histoires ne sont pas toujours réussies, car même si elles partent souvent d’une idée sympathique, elles sont souvent mises à mal par de mauvais dialogues et des blagues qui ne fonctionnent pas. Et le tout accompagné d’une faiblesse sur le plan technique, et notamment les effets donc. Ce que je trouve dommage à l’arrivée, c’est qu’il ne suffirait de rien, de détails, pour que tout soit meilleur. Et le budget ne pardonne pas tout, car un effet moche ce n’est pas grave en soi et peut s’oublier. Là ou un scénario bancal et des dialogues moyens font tache immédiatement. Bref, rendez-vous en saison 2. Maintenant que tout est rodé, il ne suffira plus que d’avancer et je serais au rendez-vous de toute évidence.

Anecdote :

- Au État-Unis, Metal Hurlant est connu sous le nom d’Heavy Metal.
- Metal Hurlant Chronicles n’est pas la première adaptation. Il existe deux films : Metal Hurlant (1981) produit par Ivan Reitman (Ghostbusters) et Heavy Metal 2000. Un jeu vidéo (Heavy Metal: F.A.K.K²) fait suite au second film.
- En plus de la série, Les Humanoïdes Associés sortent un recueil en format BD retraçant la genèse de la série et du magazine et proposant également quelques histoires parues par le passé (Métal Hurlant Chronicles Volume 1 – 194 pages couleur 24,95 €, sorti le 17 octobre).

Informations :

Métal Hurlant Chronicles (saison 1 – 6 x 25min)
Série de Science Fiction franco-anglaise (2012) de Guillaume Lubrano d’après Métal Hurlant
Avec : Scott Adkins, Michael Jai White, Rutger Hauer, Grégory Basso, Eriq Ebouaney, Craig Fairbrass, Guy Amran, Jean-Yves Berteloot, Michelle Ryan, James Marsters, Kelly Brook, Joe Flanigan…
Diffusée sur France 4

Liens intéressants (d’après moi) :

Facebook/MetalHurlant
Page Facebook officielle de la série.

On fait l’bilan : [Nelly] Metal Hurlant – S1

On fait l’bilan : [Blabla] Mon Metal Hurlant Chronicles

Galerie :


Partager :


Share on Tumblr

2 BlaBlas pour “After… Métal Hurlant Chronicles”

  1. J’étais tombé par hasard sur le programme en paraissant la nuit devant la télé, je m’étais dit que c’était chouette et que ça devait promettre du gros (dans tous les sens du terme) et je m’attendais effectivement à quelque chose du genre de Spartacus.
    Le premier épisode m’a refroidi, et j’ai zappé dès les premiers plans du second épisode.

    Je ne savais pas que c’était directement tiré des histoires du zine, ni que c’était français.
    Effectivement, les exigences du support auraient dû les amener à proposer autre chose qu’un simple décalque sans moyen, et à mieux scénariser/filmer/monter les choses. La première réaction que j’ai eue était de me dire que cela aurait été bien mieux mené et bien mieux pensé si cela avait été du dessin animé (comme les deux films) parce que rien ne m’insupporte plus qu’un machin mal fait, mal joué, mal filmé. D’autant plus que là, le truc, c’est que Métal Hurlant, c’est pas que des histoires, c’est aussi un esprit, une certaine « image de marque » et tout ce qu’on s’attend à voir sous cette licence, on ne le voit vraiment qu’au générique. Là, ça fait Twilight Zone/Au delà du réel du pauvre. Finalement, c’est triste à dire, mais South Park offre un meilleur « metal hurlant chronicles » que cette série.
    Sans doute est-ce qu’ils n’ont pas su gérer la contrainte des 25 min, qui rend les choses malaisées, surtout quand les épisodes sont tous indépendants les uns des autres. Difficile de s’attacher à un type qu’on ne verra que 25 minutes, de se passionner pour sa vie, sa quête ou que sais-je, et comme l’histoire ne se continue pas d’un épisode à l’autre, difficile aussi de bien dramatiser la chose.
    Est-ce que tu sais s’ils ont eux-mêmes choisi de faire un programme aussi court ou si ça leur a été imposé (par le producteur ou une chaîne ou que sais-je) ?

    Reste à voir ce que donnera la seconde saison …

  2. « Est-ce que tu sais s’ils ont eux-mêmes choisi de faire un programme aussi court ou si ça leur a été imposé (par le producteur ou une chaîne ou que sais-je) ? »

    Même cette excuse ne passe pas. Lubrano est détenteur des droits, producteur, réalisateur, scénariste, dialoguiste… et honnêtement avec tout le respect que je peux avoir pour lui, j’aimerai bien savoir dans lequel de ces métiers il excelle, parce que côté dialogue c’était assez mauvais très honnêtement, et la réal n’avait pas de quoi casser trois pattes à un canard (voir même carrément pas par moment).

    Et ça m’embête d’écrire ces lignes, vraiment, parce que tout ça par d’une bonne intention et que j’aurai vraiment aimé que ce soit bon.

    Autre problème, les fans du mag me le confirmeront, il me semble que les histoires sont toutes tirées de la version 2002 du mag, histoires réputées pour pas être géniale (et qu’il y aurait surement mieux à faire avec celle de la première version).

    Sinon, tu souligne un point important que sont les 25min et l’attachement aux persos. C’est un des vraies frein de la série. Je me demande s’il n’aurait pas été préférable de faire une histoire et une seule de 6x25min, complètement originale (dans le sens, écrite pour le format et pas adapté d’une bd présente dans le mag) et feuilletonnante, quitte à raconter une nouvelle histoire à chaque saison.

Laisser une réponse